vendredi 13 juin 2008

Candida Höfer vs Tali Amitai-Tabib



La première est allemande, élève de la prestigieuse Académie de Arts de Düsseldorf, jouit d’une réputation internationale et expose dans tous les musées d’art contemporain depuis plus de 30 ans ; la seconde est israélienne, autodidacte, et depuis quelques années, expose plus modestement, à la galerie parisienne Olivier Waltman dernièrement. Toutes deux photographient les lieux de la culture (occidentale), dans une approche documentaliste.


Même souci de rigueur, absence de tout personnage, importance de la lumière, identité des thèmes (notamment le rapport entre les productions culturelles et leurs espaces de représentation)…tout tend à mettre les deux artistes sur le même plan. Du coup, antériorité et notoriété obligent, Tali Amitai-Talib apparaît à première vue comme la photographe qui ‘fait’ du Candida Höfer, on peu plier.
À y regarder de plus près, les choses changent: en observant comment chacun des éléments cités plus haut ajoutent à la démarche artistique, on voit se dessiner deux manières bien distinctes de produire ce qui semble être la même photographie.


Candida Höfer est une ancienne élève de Bernd Becher. Son rigorisme, ses photos au grand angle qui embrassent des espaces majestueux, son obsession de la lumière, servent à produire des images monumentales. L’absence de présence humaine est le moyen de porter au regard la force et la puissance qui naît de lieux où l’architecture ordonnée, mise à nue, abrite le fruit du génie humain. Prises systématiquement de face, ces photographies sont l’occasion pour le spectateur de découvrir « les lignes de fuites» de ces espaces sacralisés.


Chez Tali Amitai-Talib au contraire, l’approche de ces lieux de culture est beaucoup plus personnelle et subjective. L’absence de personnages n’est plus la condition pour montrer l’ordre des choses, mais le moyen de proposer une vision intimiste et retranchée du monde extérieur. La lumière ne rythme plus, elle souligne ; la rigueur ne fige plus, elle met à jour le léger tremblement qui trahit l’émotion personnelle ; les angles de vue s’autorisent le détail. Photographiant les musées de Florence, Tali Amitai-Talib explique: « dans ces lieux, que j’ai scrupuleusement veillé à vider, la trace de l’homme et les mouvements de lumière apparaissent comme les métaphores du savoir et de la création ».


Son dernier travail sur les bureaux d’écrivains et poètes israéliens est certainement le plus représentatif de sa démarche. Ici le lieu de production de l’œuvre, purement privé, atteint le comble de l’intime et de l’éphémère, en opposition flagrante avec l’œuvre, universelle et éternelle ; Tali Amitai-Talib trouve ici le sujet idéal pour laisser affleurer l’émoi et le respect profonds que l’on sent chez elle face à toute manifestation de cette puissance créatrice qu’elle a mis des années à maîtriser elle-même.

Là où Candida Höfer démontre, Tali Amitai-Talib témoigne.


Peu d'articles sur Tali Amitai-Tabib, voir sa galerie parisienne et une galerie israélienne.
Pour Candida Höfer, voir ici, ici, et .

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