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samedi 7 juin 2008

Jake Rowland


Le mieux, pour parler de Jake Rowland, c'est de le présenter dans l'ordre où je l'ai découvert.

Je suis d'abord tombé sur ces portraits qui m'ont immédiatement attirés: rigueur et formalisme techniques, dépouillement et contrôle; je suis toujours admiratif de ce type de traitement qui, par son absence même d'événement, laisse entière la place au mystère du sujet.
Et précisément, en parcourant les différentes photos de la série, le mystère voire le malaise face à chaque portrait s'est fait grandissant.


Ensuite, cherchant quelques informations, je suis allé sur le site de Jake Rowland. Ces photos sont en fait des montages numériques qui mélangent des portraits de sa femme et de lui-même, la volonté étant de questionner l'identité et les altérations que celle-ci subie sous l'effet des relations intimes que nous entretenons, à travers le mariage ou la famille par exemple.
Si l'idée d'affirmer que l'heureux propriétaire d'un chien fini par en porter les stigmates n'est pas franchement nouvelle, je trouve cependant le résultat très fort, et notamment artistiquement. Reste une question que je me pose à chaque fois que je revoie ces photos: les visages m'apparaissent-ils si étranges parce que je connais le contexte, ou bien parce qu'ils sont en fait des visages "impossibles" qui réunissent, de manière imperceptible, des traits de visages qui sont incompatibles? En clair: toutes les combinaisons sont-elles naturellement possibles?


Jake Rowland a poursuivi ce travail en mélangeant des portrait de sa famille nucléaire. Il l'a fait entre 2004 et 2007, est passé par Hyères et le Hey Hot Shot Festival en 2005, une valeur montante donc.
Aujourd'hui, il oriente me semble-t-il son travail vers les objets, la consommation et les icônes; par ailleurs, il vient de lancer une revue en ligne: Texas New York City, sur la photographie et l'écriture.

A suivre; avec attention.

mercredi 4 juin 2008

Alec Soth au Jeu de Paume


Bon
; il n'est pas question que je fasse ici un article de fond sur Alec Soth: ça prendrait des jours, le résultat me déprimerait de médiocrité. Cependant, l'exposition au Jeu de Paume était un petit plaisir que je me gardais sous la langue depuis plusieurs semaines. Dimanche, j'ai croqué.

2 réflexions qui m'ont marqué depuis ce week-end, et je pense que je pourrai revenir régulièrement via d'autres posts sur l'impact qu'à sur moi le travail d'Alec Soth.

D'abord cette série intitulée "Dog days à Bogotà". J'avais reçu le livre en cadeau, sans connaître le contexte: très bien. Il s'agit en fait d'une série qu'il a effectué pour sa fille adoptive, alors qu'il venait la chercher à Bogotà. Cherchant à prolonger le journal intime que laissait sa mère à sa fille, il a choisi de documenter son histoire, de produire un témoignage sur ses racines et sur son monde, cherchant à comprendre à la fois la brutalité et la beauté de la ville.
Imaginer le regard d'un père adoptif, photographiant une ville qu'il ne connait pas, et ayant sans cesse à l'esprit cette fille tant désirée qui fera bientôt partie de sa vie et de son monde à lui...sortez les mouchoirs: trop fort!


Deuxième rémanence: "the space between us". Je lis beaucoup de commentaires sur le travail des photographes concernant les portraits, chaque fois j'en ressort perplexe. Oui, il n'est pas possible de savoir exactement ce que cache/est la personne en face de vous, oui, l'image est une représentation sociale trompeuse par essence, oui, oui, etc...
Variation sur le thème de la part d'Alec Soth: ce que je photographie lorsque je fais un portrait ce n'est pas la personne, ce n'est pas non plus moi-même; c'est l'espace qui nous sépare et cette distance dans laquelle s'inscrit la compréhension mutuelle que photographe et sujet partagent au moment de la prise de vue. J'aime cette idée, qui met l'accent non pas sur l'un ou l'autre des sujets mais sur la relation, éphémère, qui se construit à cet instant. Elle est à la fois plus vraie parce que toute rencontre est fondée sur une relation interprétée en permanence par ses acteurs, et plus riche parce qu'elle renvoie nécessairement à cette autre relation que nous produisons au moment même où nous, visiteur, nous contemplons la photo.
Affirmer que seule l'interaction est réelle, je trouve ça tellement 2.0!



Petites précisions sur le contexte de production des portraits chez Alec Soth: ce sont souvent des photos prises en marge d'autres projets, au hasard des rencontres; les photos sont prises à la chambre, i.e. comptez 2 bonnes minutes pour la prise de vue, ce qui explique le caractère nécessairement figé des sujets.



Toutes les photos d'Alec Soth? Ici
Et son blog?